
3h du matin au refuge de Baysselance, après avoir passé une nuit difficile sur des matelas un peu trop fins ( le refuge étant complet, le gardien avait bien voulu nous prêter de quoi dormir dans la salle à manger), Marc et moi nous levons avant que ne sonne le réveil. Les couvertures pliées nous faisons chauffer le petit déjeuner. Nous sommes prêts à partir à 3h30. Nos lampes frontales éclairent la descente sur le sentier vers la voie normale du Vignemale. Vers 5h23 nous trouvons enfin, dans la brume, le sommet de la Pique Longue.
En haut du Vignemale : "et si on descendait sur le Marcadau ?" Sitôt dit, sitôt fait et nous nous dirigeons vers le col de Cerbillona, au fond du glacier d'Ossoue. La descente dans le cirque du Cerbillona est un peu 'craignos ' : le vent est violent en altitude et les pierres volent au dessus du passage délicat qui permet de gagner la brèche. La descente dans le couloir est rapide et à 7h05, après 5 mn de pause, le temps de casser la croûte, nous sommes prêts à remonter au col d'Arratille que nous franchissons à 7h20. Arrivés devant le refuge à 8h31, un autre arrêt de 5 minutes,le temps de se poser la question:"et si on allait au refuge de Piedrafita ?" la réponse ne va pas tarder :"chiche qu'on y va" et nous voila repartis. Le col de la Fache est passé à 10h17 et nous descendons vers Piédrafita après être passés à coté du lac de Campo-Plano. Nous aurions bien rebroussé chemin pour accompagner deux jeunes filles charmantes montant vers le col de la Fache, mais nous étions arrivés au lac de Respoumoso, à côté du refuge de Piédrafita et nous avions déjà répondu à la question :"et si on allait au Balaïtous en passant par la brèche Latour ?". Comme 3 semaines avant (une autre ballade du pont d'Espagne jusqu'à Soques) nous repartons à l'assaut du Balaïtous. Arrivés au pied de la brèche Latour nous sommes un peu surpris de ne plus trouver de neige ; conséquences : un passage d'escalade inattendu qui nous a pris 20 mn et assistance à un espagnol bloqué au milieu du passage. Nous en avons profité pour le mettre à contribution pour quelques photos vers 13h50.
En haut du Balaïtous : "il faut qu'on descende vers Soques". Descente par un itinéraire plus sûr que la Grande Diagonale, l'abri Michaud, le lac des Gourgs Glacés, la remontée au col du Pallas (dur, dur !! mais pas plus que d'habitude), pas d'arrêt au refuge d'Arrémoulit, remontée au passage d'Orteig et descente vers Soques. L'Ossau semble nous narguer !!
Soques à 17h20 : "-tiens, quelle surprise, il y a Jean-Noël et Gilles" ; on pourrait tous les quatre aller faire un tour à la voie normale de l'Ossau. Un casse croûte vite avalé, boire un coup et nous voila repartis (à 300 m/h d'après JNL : mon oeil : plutôt 600, mais ce n'est pas grave on commence à être habitués à ce rythme). Arrivée au col de Suzon à 19h30 nous buvons encore un peu et nous continuons vers l'Ossau. Au passage nous assistons aux jeux d'une cinquantaine d'isards moins surpris que nous et passons de longues minutes à les regarder. Nous finissons par repartir et arrivons au pied de la première cheminée de l'Ossau à 20h00. N'ayant pas prévu de bivouaquer, la prudence nous commande de descendre. Après une collation en contemplant la mer de nuages, nous repartons vers Soques et retrouvons la voiture de Gilles à 22h.
Une journée bien remplie: 18h30 de randonnée pour 50 km, 4246 m de montées et 5447 m de descentes,
Marc ESTEVE et Jacques MARTIN, CAF de TURBOMECA, le 27 juillet 95
Note des rédacteurs :
Sous le ton volontairement désinvolte du récit, se cache en fait une préparation étalée sur 2 ans pour mener à bien cette traversée
Tout a en fait débuté un jour de 91 où avec Jean-Noël LETUPPE, nous avons décidé, une belle journée d'été de faire le Balaïtous dans la journée en partant de Soques : 12 h aller-retour en passant par un itinéraire beaucoup plus sûr que la grande diagonale. A la suite de cette course nous avons " évoqué la possibilité d'envisager" de se lancer dans la traversée inaugurée par le guide Tony Sarthou : Vignemale-Balaïtous-Ossau.
Jean-Noël Letuppe et Gilles Estève ont participé grandement aux reconnaissances et entraînements que nous avons effectués au cours des années 93 et 94. Reconnaissance du passage le moins souvent pratiqué qui consiste à descendre du col de Cerbillona par la Diagonale de Cerbillona. Nous avons fait une première tentative en 93 et reconnu cet itinéraire en 94 à la montée en partant du Marcadau, en allant jusqu'au sommet du Vignemale et retour par le même itinéraire. Début Juin 95, en montant au Vignemale à skis, nous nous sommes remis en tête le début de la voie de descente (derrière le col) : nous devrons à y passer pratiquement "sans visibilité". Trois semaines avant la traversée nous en avons reconnu une autre partie du parcours en partant le matin du pont d'Espagne pour arriver l'après-midi à Soques en passant par le col de la Fache, le refuge de Piédrafita, la brèche Latour, le Balaïtous et descente sur le val d'Arrius pour retrouver une voiture que nous avions laissé la veille.
Au cours des deux saisons 94 et 95 nous nous sommes aussi entraînés physiquement pour avoir le "fond" absolument indispensable.
Voyant que nous nous sentions capable de faire la traversée complète, nous avons attendu les vacances et le beau temps pour nous lancer. Nous n'avions pas l'intention (ni la capacité d'ailleurs) de battre de record ni de considérer cette traversée comme une compétition, nous avons voulu seulement nous faire plaisir en faisant une très belle randonnée (car malgré la fatigue indiscutable elle est très agréable ) en gardant l'esprit "montagne", c'est à dire que nous avions ce qu'il fallait dans nos sacs-à-dos pour subvenir en cas d'accident, casser la croûte, boire, prendre des photos . . .
Nous nous sommes arrêtés, pour des raisons de sécurité, à la première cheminée de l'Ossau, mais ce n'est que partie remise, et peut-être l'an prochain nous bivouaquerons au sommet.
Merci au gardien du refuge de Baysselance d'avoir bien voulu nous prêter de quoi nous y faire dormir alors que le refuge était complet, et bien qu'il nous ait dit que cette traversée était passée de mode, nous la recommandons à ceux qui se sentent assez solides pour franchir la distance et le dénivelé dans de bonnes conditions de sécurité .
Et un grand merci à Jean-Noël et Gilles.