Présents : Marc, Marie , Denise, Annie, Brigitte & Alain, Jacques, Marcel, Heide, Gérard

 

Confortablement installé dans une enveloppe ouatée et qui plus est lévite à 360°, je rêve à la Munia, objet de la randonnée du lendemain. Dans le lointain, un son strident qui devient de plus en plus persistant brouille les images du cirque de Troumouse.. Soudain, le panorama grandiose se focalise sur un objet électronique de quelques centimètres.

Lentement, j'ouvre une paupière : il est 4heures 45 !

Maudit réveil qui me harcèle même le WE. !

C'est qu'avec le CAF, les rendez-vous sont matinaux ..

Pour cela, plein de raisons :

Monter à la fraîche, se garder de la réserve au cas où et bien sûr rentrer de bonne heure..

Du point de rendez-vous, nous repartons plein Sud pour HEAS où la caravane se regroupa. Nous arrivons au parking de Troumousse. Nous ne sommes pas les seuls, des espagnols bien entendu, mais aussi des joyeux drilles Tarbais sont sur le pied de guerre. Des cordées se sont déjà élancées dans la traversée du plateau où trône une vierge immaculée !

Notre groupe, mené par Marc, est prêt à se lancer à l'assaut de ce 3000 renommé.

Ce cirque est une merveille géologique. 

Un immense parterre de granit polis raboté par le glacier qui a ciselé ce cirque. Sur cette couche imperméable coule un ruisseau qui alimente en aval un lac. Tout en progressant et nous élevant vers le départ de la voie normale, nous traversons une couche calcaire taraudée de dolines. Des dizaines d'effondrements, autant de points d'absorptions qui engouffrent la fonte des neiges, ce qui sonne naissance au ruisseau. Après 40 minutes de marche, nous traversons un immense pierrier. C'est le royaume de la caillasse qui par l'action du gel au cours des derniers millénaires s'est amoncelé au pied de la paroi. Nous poursuivons en direction des deux sœurs de Troumouse. Ce sont deux pitons d'au moins 60 m de haut et qui se détachent de la paroi. Certainement constitué d'une roche plus dure, nous avons là le témoin de l'ancien front de la muraille qui depuis n'a cessé de reculer.

Et quelle muraille ! 700 m de calcaire

Marc me fait remarquer le "chevauchement". Pour les géologues, cette bizarrerie indique un renversement des couches. Comme dans le cirque de Gavarnie, la couche primaire (paléozoïques) qui devrait se trouver en bas, avec le secondaire (calcaire) au-dessus bien entendu, et bien cette couche primaire se situe au sommet du cirque !

D'ailleurs, tout à l'heure à 3133m, au sommet de la MUNIA, on foulera le paléozoïque. A imaginer les forces cyclopéennes qui ont renversé tel un simple plat de crêpes, oui, mais un plat tout de même épais de 900m.

Cela ne s'est pas fait sans casse à en voir les immenses fractures qui cisaillent la muraille. D'ailleurs, c'est grâce à l'une d'elles que nous pouvons nous élever. Elle est tapissée par un névé persistant l'été et sa montée est raide. Ceux qui ont fait l'impasse sur les crampons et chaussures rigides profitent de la rimaye. Cette option est rendue plus contraignante car la pierraille instable glisse sous nos pas. Ceux qui ont opté pour la grosse cavalerie profitent de la neige pour s'élever rapidement. Grâce à ce couloir faille nous nous élevons de près de 200m pour buter vers 2650m devant un ressaut de 6m : le Passet !

Bien que facile à franchir, la roche est lustrée par les générations d'ascensionnistes qui ont suivi la trace ouverte par Russel en 1869.

D'ailleurs, sur le chemin du retour certains s'initieront au rappel.

Sur le plateau qui fait suite, un névé pentu permet de rejoindre le col à 2853m. A noter qu'ici le calcaire s'est métamorphisé se transformant en marbre blanc veiné. Un gouffre d'au moins 20m de profondeur, taillé dans cette roche, engloutit la fonte du névé. Après deux heures de montée, nous pouvons prendre pied sur la crête délitée (ce cher paléozoïque) en vue d'atteindre le sommet. Vers 3050m, il nous restait encore une difficulté à franchir : le fameux pas du chat. Finalement, ce mythe ne sera qu'une formalité. Après 3 heures de montée, le groupe pouvait enfin savourer sa pause repas au milieu d'une autre quinzaine d'excursionnistes.

Vers 13 heures, Jacques, scrutant le ciel, nous fit accélérer le retour. La photo de "famille" rapidement prise, nous nous en sommes retournés par le même chemin. Presqu'en bas du grand couloir, nous croisons quelques inconscients qui montent alors que le vent s'est levé accrochant quelques nuages patibulaires.

A peine arrivés au parking, de grosses gouttes nous accueillent dans un déluge d'éclairs ponctué par une averse mémorable.

Fort heureusement, nous nous sommes réfugiés sous l'auvent protecteur du camping-car de Marcel où une collation nous attend. Une sympathique attention appréciée de tous les participants.

 

Alain DOLE

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